Montréal : Tout sauf le Paris de l’Amérique du Nord

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Ces Français qui débarquent au Québec ; une communauté culturelle des plus invisibles, malgré l’évidence de sa présence. On ne soulignera pas ici les qualités de Vieux-Montréal qui incitent les professionnels du tourisme à évoquer le Vieux-Continent, on ne préparera pas non plus un énième guide d’intégration pour les fraîchement débarqués orné de conseils forcés et impertinents. On n’abordera surtout pas cette question très fatigante des différences linguistiques de part et d’autre de l’Atlantique. Il faut malheureusement le dire encore une fois pour ceux qui ne l’ont pas compris : le Québec n’est pas un Hexagone américain. Cet article traite alors les façons par lesquelles les Français influencent la vie quotidienne et actuelle au Canada francophone.

C’est en effet facile de profiter de la culture française moderne au Québec, car on témoigne des vagues importantes d’immigration, surtout à travers les dix dernières années ; le Consulat de France à Québec rapporte que pendant cette période le nombre de ses citoyens immatriculés a augmenté  de 92% à la capitale politique de la province et de 75% dans son agglomération métropolitaine, c’est-à-dire, Montréal. Les Français s’installent un peu partout en Amérique du nord, et ils sont 150,000 à avoir élu domicile au Canada, dont les deux-tiers se trouvent désormais à Montréal. C’est plus qu’un choix naturel, c’est un choix qui souligne l’importance qu’ont les Français pour le chic et le choc !

Les étudiants et les jeunes (très souvent des pévétistes) trouvent leur monde dans ce qu’on appelle le Quartier-Latin, un district d’une certaine élégance d’antan qui a pris des qualités plus urbaines, mondaines et difficiles ces dernières années. Il se situe à proximité de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), d’où le nom. Si l’on cherche la totale expérience nord-américaine, le West-End du centre-ville est de mise ; on choisira un studio au 13ème étage d’une tour bétonnée sur la rue Fort ou encore un pavillon bourgeois à NDG qu’on occupera à la mode de l’Auberge espagnole. L’arrondissement d’Outremont, très BCBG et référence intemporelle de l’élite des “Canadiens-français”, est désormais très apprécié par les cadres expatriés des bureaux du Triangle d’or et des tours de La Défense.

L’économie de la France est avancée, comprenant bon nombre d’industries à haute-technologie ainsi qu’un secteur tertiaire très développé. Quel est alors l’intérêt du Québec pour les Européens ? « Même si l’on ne le considère pas comme étant un El Dorado de nos jours, Montréal est perçue comme étant une ville où des défis professionnels de bon calibre existent toujours et donc un bon choix pour ceux et celles qui sont déçus par le marché d’emploi chez eux, estime Eric Sicotte, gérant et propriétaire d’une agence de recrutement qu’il a sagement su orienter à travers les dernières années vers les migrants francophones. Il parait que Montréal propose des milieux de travail moins hiérarchiques et donc plus propices aux opportunités sondées par les jeunes professionnels espérant faire rapidement progresser leurs carrières. » Les entreprises canadiennes sont également partantes : M. Sicotte souligne que la comparabilité de la qualité de la formation des Européens ainsi que l’existence d’accords bilatéraux qui portent sur la mobilité de la main d’œuvre font que les Français jouissent de certains avantages dans le marché du travail québécois. La demande pour ces futurs employés est tellement forte que Sicotte Recrutement investit dans des portails Internet exclusivement dédiés à la France et à la Belgique, dont la mise en service aura prochainement lieu.

On ressent la motivation de ces jeunes professionnels ; enfin, c’est l’impression que donnent les activités de réseautage organisées par les Jeunes de la Chambre de commerce française au CanadaAnthony Arquin, Président de la section des Jeunes, croit que c’est le positionnement stratégique du Québec entre l’Europe et l’Amérique du nord anglophone qui intéresse les Français. « Le Québec est vu par beaucoup comme une porte ouverte sur le reste du Canada et de l’Amérique du Nord, un premier port d’attache qui donne accès à de nombreuses opportunités professionnelles et personnelles, » précise-t-il. Dans les meilleures des traditions françaises, les soirées ont lieu aux plus belles des adresses montréalaises, mais sans les langues de bois qu’on trouve outre-Atlantique. À part l’inscription dans une des quatre universités montréalaises, la participation à ces événements constituent la façon la plus agréable de rencontrer ces expatriés.

Les Français évaluent l’intérêt du Québec dans un contexte international et non pas selon une mentalité impériale ou coloniale, croît M. Arquin. « D’autres facteurs jouent également un rôle primordial: le bilinguisme de Montréal, puisque de nombreux Français sont conscients de l’importance de parler anglais dans un contexte de mondialisation de l’économie; la reconnaissance de nombreux diplômes et qualifications français en raison des accords entre les gouvernements français et québécois; la facilité d’obtenir des visas de travail pour les jeunes Français par rapport à d’autres destinations recherchées comme les États-Unis; et le prestige de nombreuses universités et établissements d’enseignement locaux, par exemple l’Université de Montréal et HEC Montréal, » dit-il, tout en reconnaissant que l’existence d’une communauté établie représente en soi un élément d’attraction.

Voilà pour ce qui est du savoir-faire, qu’en est-il alors pour le savoir-vivre ? Après le travail, même s’il existe quelques bars “français,” les motifs kitsch qu’on favorise leur donnent autant d’allure qu’un « café de la poste ». À Montréal alors, c’est le « cinq à sept » à la québécoise qui l’emporte sur les kirs qu’on connaissait en terrasse. Boire, ce n’est pourtant pas la même chose que manger. Il y a une variété importante de restaurants qui proposent un service dans la grande tradition française, mais Leméac à Outremont est la référence incontournable pour ce qui est du rapport qualité-prix - 25 dollars les deux plats à partir de 22 heures. Si vous vous retrouvez dans l’incapacité d’attendre cette happy-hour des plus délicieuses, n’hésitez pas à vous y rendre selon votre gré ! Enfin, si vous avez la bonne chance de fêter la veille d’un lundi férié, la meilleure soirée est chez La Tulipe - ”C’est Extra” c’est toute la variété française des années 60s, 70s et 80s en format cabaret participatif ; ne manquez pas le mime collectif de Gigi l’amoroso à minuit pile.

On peut y insister : les Français influencent énormément la culture culinaire au Québec. En plus de trouver les horreurs qui existent partout en Amérique du nord, les supermarchés montréalais proposent les éléments de base, de bonne qualité et à des prix abordables, ainsi que tout ce qu’il vous faut pour vous régaler correctement. Le monopole de la Couronne sur l’alcool est administré par la Société des Alcools du Québec ; cette entreprise dont les racines remontent à l’ère de la Prohibition, fait des efforts pour imiter les Nicolas du coin.

Finalement, il paraît que seul élément de la culture québécoise que les Français n’influencent pas pantoute est la mode. Même si les Québécois préfèrent leurs vêtements bien plus taillés que leurs voisins - le détaillant Simon’s devant adapter son offre pour accommoder son expansion vers l’Alberta, pour donner un exemple très illustratif - la rue Sainte-Catherine n’a rien à voir avec la rue Saint-Honoré.

En plus de toute la gamme habituelle des revues de la mode féminine, le cybercarnet Une parisienne à Montréal propose quelques astuces pour les fashonistas canadiennes. Or, Monsieur est oublié. Même Sport et Style, cette référence de la mode masculine publiée par la stoïque L’Équipe, n’existe pas au Canada, malgré l’intérêt que ses journalistes défoulent pour le Québec. Pour trouver ses musts alors, deux options : New York City (six heures de route par l’Interstate 87) ou Paris - sept heures en club class chez Air Transat vous coûteront quelques 1200 dollars, taxes comprises. 

Et vous, avez-vous des conseils en ce qui concerne la culture française au Québec ?

Images, du haut vers le bas: Griffintown par Mary Soderstrom, Parc d’Outremont par Pierre Chatelois, le Square Victoria -  le cœur du Quartier International des affaires de Montréal - par “martigae”, La Tulipe par Cru Studio, et enfin, des hipsters montréalais typiques, par Katzecat. Que peut-on dire de la tenue du Monsieur !

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  1. fuckyeahquebec posted this

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